Déclaration du Thunderbird Nesting Circle (ISWEN) à l’Association canadienne pour la formation en travail social
Université de Victoria, 5 juin 2013
Le Thunderbird Nesting Circle est heureux de présenter la présente déclaration à l’Association canadienne pour la formation en travail social. Nous reconnaissons tout d’abord que nous sommes sur le territoire des Salishs du littoral et nous les en remercions, notamment les Premières nations d’Esquimalt et des Songhees. Nous sommes heureux de faire connaître un peu de notre histoire.
Le Thunderbird Nesting Circle (anciennement WUNSKA, et le réseau de formateurs autochtones pour la formation en travail social) a été créé en 1990 sous le nom de WUNSKA, puis est devenu le réseau de formateurs autochtones pour la formation en travail social en 2003 et le Thunderbird Nesting Circle en 2006. Nous rendons hommage aux fondateurs de WUNSKA et les remercions, entre autres Richard Vedan, Kathy Absolon, Lauri Gilchrist, Michael Yellowbird, Mac Saulis, Jim Albert et Yvonne Howse. Le nom initial de notre organisme, WUNSKA, a été donné par la grand-mère de Lauri Gilchrist en 1992, et ce sont Dan et MaryLou Smoke qui, en 2006, ont donné le nom actuel de notre organisme. Le Thunderbird Nesting Circle occupe un siège au conseil d’administration de l’Association canadienne pour la formation en travail social (ACFTS) depuis le milieu des années 1990 et notre collectif représente les intérêts et les aspirations des formateurs et des étudiants en travail social issus des Premières nations, des Métis, des non-inscrits, des Innus et des Inuits provenant de la plupart des régions et des territoires autochtones de l’ensemble du Canada.
Au début des années 1970, nos prédécesseurs ont été mandatés par nos Aînés pour fonder des écoles en travail social et mettre au point une formation en travail social qui témoignaient de la vision du monde et des démarches traditionnelles des Autochtones en matière d’intervention. En 1972, des programmes en travail social ont été mis au point en Alberta et en Saskatchewan. On nous a demandé d’acquérir au préalable une formation en travail social pour ensuite devenir des formateurs afin de pouvoir former nos propres gens à des pratiques en travail social correspondant à notre culture, car nos peuples se sont vus imposés plusieurs variantes de pratiques courantes en travail social qui ont été très destructrices pour nos familles et collectivités, et qui finalement ont été dévastatrices pour nos langues et nos cultures. En conséquence, nous avons cherché à décoloniser le travail social et, depuis le début de ce mandat, une deuxième et une troisième générations de formateurs ont vu le jour, et ceux-ci travaillent sans relâche pour intégrer les démarches autochtones quant au savoir, à l’être et aux coutumes[1] à la théorie, à la recherche et aux pratiques cliniques et généralistes en travail social afin de mieux représenter les réalités socioéconomiques et politiques des Autochtones et ainsi de répondre plus efficacement aux besoins particuliers des clients autochtones dans le contexte néocolonialiste où nous nous situons.
Par suite de ces efforts collectifs, nous sommes heureux de constater que de nombreuses écoles de l’ACFTS veulent intégrer à leur programme des cours et des contenus portant sur le travail social autochtone, que ce soit des cours obligatoires ou facultatifs. Nous sommes ravis de la mise en œuvre et de la prestation de programmes de baccalauréat en sciences sociales axés sur les Autochtones et de plusieurs programmes de maîtrise en sciences sociales avec une spécialisation axée sur les Autochtones. Nous soulignons également la contribution des nombreux collèges des Premières nations qui offrent des diplômes en travail social et en services sociaux autochtones et proposent un parcours aux étudiants pour qu’ils puissent suivre nos programmes de baccalauréat en sciences sociales. Les programmes qui méritent une reconnaissance spéciale quant à leurs formations et démarches intensives axées sur les Autochtones comprennent les programmes de maîtrises offerts ici à l’Université de Victoria, ceux de l’Université Wilfred-Laurier et ceux de l’Université des Premières nations du Canada. Nous invitons toutes les écoles de l’ACFTS à participer à nos efforts visant à augmenter le contenu portant sur les Autochtones dans les programmes généraux en travail social, et là où les besoins existent, de mettre au point des programmes de spécialisations fondés sur le savoir autochtone aux premier et deuxième cycles universitaires.
Les formateurs autochtones ont l’habitude de travailler seuls et ils sont souvent isolés; nous voulons donc reconnaître leur travail et remercier ces alliés qui ont également travaillé sans relâche pour soutenir nos efforts visant à combattre le racisme et la discrimination auxquels nombre d’entre nous sont confrontés quotidiennement, et qui défendent sans cesse nos objectifs. Nous savons que vous vous reconnaîtrez.
À titre de formateurs en travail social mandatés par nos Aînés et représentant nos familles, nos collectivités et nos nations souveraines, nous présentons cette déclaration à l’Association canadienne pour la formation en travail social et nous défendons respectueusement les huit points suivants découlant d’une synthèse des discussions actuelles :
- La théorie, l’enseignement et la pratique du travail social autochtone sont fondés sur nos cosmologie, ontologie, épistémologie et axiologie, et le travail social autochtone est pleinement harmonisé aux visées morales et éthiques de la formation et de la pratique générales en travail social au Canada et les font progresser.
- Nous adhérons toujours au mandat donné par nos Aînés de mettre au point une formation et une pratique en travail social qui témoignent des démarches autochtones quant au savoir, à l’être et aux coutumes, et qui répondront aux besoins sociaux culturels de nos familles et de nos collectivités.
- Nous exhortons les écoles à adopter rapidement des politiques antiracistes et anti-oppression dans la démarche, l’enseignement et la pratique et d’enrichir la théorie, et, à cet égard, nous recevons avec plaisir et suscitons l’appui de collègues et d’alliés.
- Nous souhaitons poursuivre la décolonisation des écoles en travail social en nous employant à intégrer le point de vue et le savoir autochtones dans la formation et la pratique en travail social.
- Nous adoptons une position ferme afin que les normes d’agrément en travail social imposent l’intégration de contenu autochtone dans toute formation générale en travail social offerte par les écoles en travail social au Canada, dont une norme minimale d’un cours ayant pour thème les Autochtones aux premier et deuxième cycles universitaires.
- Nous déclarons que les Autochtones sont les seuls à pouvoir être désignés comme des « experts » en ce qui a trait à la vie des Autochtones et au travail social autochtone, et donc, dans la mesure du possible, les facultés autochtones devraient donner des cours ayant pour thème les Autochtones.
- Nous déclarons que nous devons être consultés sérieusement concernant tous les changements apportés aux normes et processus nationaux liés à la démarche, à la gouvernance et à l’agrément qui touchent ou pourraient toucher les formateurs et les étudiants autochtones.
- Nous déclarons qu’à titre de représentants de nos territoires, nations, collectivités et familles autochtones, qui comprennent un grand nombre des utilisateurs de services sociaux de l’ensemble des domaines en travail social, nous avons le droit à une représentation équitable à l’ACFTS, et plus précisément :
- que nous avons droit à une représentation au conseil d’administration de l’ACFTS de même qu’à la Commission d’agrément de l’ACFTS.
En conclusion, le Thunderbird Nesting Circle est un collectif de formateurs et d’étudiants en travail social autochtone représentant les intérêts des familles, des collectivités et des nations autochtones de l’ensemble du pays. Nous sommes voués à fournir et à canaliser nos points de vue en ce qui a trait à l’essor et à la prestation de la formation en travail social au Canada. Nous sommes reconnaissants de l’appui que nous avons obtenu jusqu’à maintenant dans notre travail et nous invitons nos collègues et nos alliés à participer à nos efforts. Ainsi, nous pouvons tirer bénéfice de l’expérience des uns et des autres et travailler de concert pour instaurer un travail social transformateur qui servira les plus hauts intérêts de chacun de nous et, plus important encore, servira mieux les personnes qui ont besoin de notre aide et auxquelles nous avons tous dédié notre carrière.
Meegwetch, kinanaskomitinawaw, kuk’stamc, thank you, merci.
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Rédigé par Raven Sinclair pour le Thunderbird Nesting Circle
Victoria (C.-B.), juin 2013
[1] Karen Booran Mirraboopa Martin, 2003